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TORRES – Interview – Paris, mercredi 15 avril 2015

Torres. Retenez bien ce nom, car cette jeune chanteuse qui nous délivre aujourd’hui son second album chez le label Partisan Records ne devrait plus rester un secret bien gardé très longtemps. Tout est question de talent et elle n’en manque pas. Avec son univers hanté, ses textes personnels, sa voix qui sait être douce ou furieuse, Torres nous entraîne avec elle dans un tourbillon d’émotions. Rencontre.

TORRES - Interview - Paris, mercredi 15 avril 2015

Bonjour Torres! Peux-tu me parler d’abord un peu de toi? D’où viens-tu, comment as-tu commencé à faire de la musique ?

Torres : Je viens de Macon, Géorgie, aux Etats-Unis et j’ai commencé à écrire ma musique vers l’âge de 16 ans. Puis j’ai déménagé à Nashville à 18 ans pour aller à l’université

Et penses-tu que Nashville a eu une influence sur ton éducation musicale et sur ce que tu allais faire ensuite ?

Torres : Oui, sans aucun doute. Et « éducation musicale » est le bon terme, puisque j’ai eu un diplôme en composition à l’université. La ville en elle-même m’a vraiment secouée musicalement parlant de nombreuses manières. Avant de m’y installer je n’étais jamais allée à un concert, il n’y avait pas beaucoup de groupes qui jouaient dans ma ville natale. Ca arrivait très rarement et quand c’était le cas ce n’était jamais un groupe Indie mais une tournée dans un stade, le genre de truc énorme. Je ne connaissais même pas vraiment encore le concept de musique ou d’artistes indépendants. Quand je suis partie à Nashville j’ai commencé à aller voir des concerts en appartement, des groupes qui jouaient dans des caves ou des petits clubs. C’était la première fois que je me retrouvais exposée à cet univers.

Tu y habites toujours aujourd’hui ?

Torres : J’habite à Brooklyn, New York maintenant. Je suis restée à Nashville jusqu’à l’été 2013.

Et comment Mackenzie Scott est-elle devenue Torres ?

Torres : Torres c’est le nom de jeune fille de ma mère en fait. C’était donc celui de mon grand-père maternel qui est décédé il y a quelques années, j’ai choisi ce nom pour lui rendre hommage.

Tu as composé et enregistré ton nouvel album avec Rob Ellis, quel rôle a-t-il joué exactement ?

Torres : Je suis allée le voir avec toutes les démos que j’avais écrites et enregistrées sur mon ordinateur et je lui ai demandé s’il voulait bien produire le disque avec moi, donc pas seulement pour y jouer de la batterie mais aussi pour donner vie aux idées que j’avais dans ma tête. Il a fait un peu de tout. En plus de la batterie il a joué du synthé, et il jouait un rôle de médiateur en studio. Il reprenait les idées dont je lui faisais part et les traduisait en quelque chose de concret pour les autres musiciens du studio. Son rôle était beaucoup basé sur l’intuition et sa capacité à lire dans mon esprit ! Pendant longtemps j’avais déjà en tête ces sons que j’entendais et je ne savais pas vraiment comment les reproduire sur le disque, quels instruments utiliser ou quelle direction prendre. Donc lui et moi avons tous les deux joué en quelque sorte un rôle de réalisateurs, il était totalement collaboratif.

TORRES - Interview - Paris, mercredi 15 avril 2015Et tu le connaissais auparavant, ou voulais-tu que ce soit spécifiquement lui ton producteur ?

Torres : Je le connaissais avant, ça fait environ deux ans maintenant. Je voulais travailler avec lui, mais à l’époque où je voulais faire ce disque l’an dernier je pensais que ce n’était pas vraiment possible d’un point de vue logistique parce qu’il habite dans le Dorset (au Royaume-Uni, ndlr). Et comme je suis à New York j’ai presque failli ne pas lui demander parce que j’avais peur que ça ne se fasse pas, puis j’ai changé d’avis, je lui ai finalement demandé et en fait ça a marché !

Il n’est donc pas étranger au fait que tu sois partie enregistrer au Royaume-Uni. Il a un studio là-bas ?

Torres : Oui, j’y suis allée parce qu’il y habite. Nous n’avons pas enregistré dans un studio mais dans un bâtiment qui était auparavant une crèche. On l’a changée en terrain de jeu musical pendant une quinzaine de jours, en y apportant beaucoup d’équipement d’enregistrement et on a pour ainsi dire vécu là-bas pendant tout ce temps-là !

Tu as aussi enregistré à Bristol avec Adrian Utley de Portishead, peux-tu me parler de cette expérience ?

Torres : Adrian est un ami de Rob. Il l’a appelé pour savoir s’il serait intéressé pour jouer certaines parties de guitare sur l’album. Donc après avoir tout enregistré, sauf ses parties à lui, nous avons emporté tous nos enregistrements à Bristol, dans son studio. Ce jour-là c’était la première fois qu’il entendait les chansons et en quelques heures toutes ses parties étaient enregistrées et le disque était terminé!

Quel fut le processus créatif de ce disque, a-t-il été différent du premier album ?

Torres : J’ai toujours été inspirée par mes propres expériences, par ce qui se passe dans ma vie à un moment donné. De ce point de vue le procédé n’a pas vraiment changé. L’écriture était probablement mieux focalisée que pour le précédent. J’ai passé trois ans et demi à écrire mon premier album, alors que j’ai dû passer six mois sur celui-ci, de l’écriture à l’enregistrement.

J’ai lu que tu définissais cet album de ‘space cowboy’, qu’entends-tu par-là ?

Torres : Je viens du Sud, de la Géorgie et je voulais faire un disque qui reflète mes racines du Sud, quelque chose de familier et fondé. Mais je voulais y ajouter une toile de fond spatiale, futuriste, parce que je me disais que ces deux mondes ensemble seraient intéressants. C’est une chose que je ne suis pas sûre d’avoir entendue auparavant. Je voulais faire un disque qui n’avait jamais été fait, un disque singulier.

L’atmosphère générale de ce disque est plus puissante, plus Rock que le premier album. Est-ce que tu penses que cela est lié à la production ou est-ce une direction dans laquelle tu voulais t’engager ?

Torres : La production est juste le résultat de la direction dans laquelle je voulais m’engager. J’ai commencé l’écriture avec une idée claire de ce que je voulais. J’ai écrit toutes les chansons en ayant toujours à l’esprit le son que je voulais donner à l’album. Donc la production fut finalement celle que j’espérais depuis le début. Ce ne fut pas une surprise, elle n’a pas pris une direction que je n’avais pas anticipée.

TORRES - Interview - Paris, mercredi 15 avril 2015Et cela t’a pris du temps de trouver ton propre son ? C’est un style musical que tu avais en tête depuis le début ?

Torres : Non, pas nécessairement, je ne pense pas avoir nécessairement enfin trouvé « mon son ». De plus je pense qu’il changera toujours. Ce disque est un reflet précis des sonorités qui m’intéressent aujourd’hui. J’ai ici utilisé ma voix, aussi bien en terme de chant que d’expression, et je me sens confiante. J’ai aussi confiance dans le son que j’ai créé pour cet album, mais Je ne pense pas refaire le même disque deux fois.

Ton premier album était totalement autoproduit, et pour celui-ci tu es chez Partisan Records. Avoir un label aujourd’hui rend-il les choses plus faciles ? Cela te donne peut-être plus d’opportunités ?

Torres : Ca m’apporte sans aucun doute plus d’opportunités. Le label m’aide sur tous les plans, du financement à l’exposition, et même de petites choses comme me mettre en relation avec des personnes pouvant m’héberger quand je suis en tournée. C’est bien d’avoir une équipe qui t’aide à faire ton travail. Je ne dirais pas que c’est nécessairement plus facile, pas encore en tout cas, je sens que je n’en suis encore qu’au début.

Je voulais te parler de la chanson ‘New Skin’. Sharon Van Etten et The War On Drugs l’ont chantée avec toi l’an dernier, mais je ne crois pas qu’il s’agisse de la version de l’album.

Torres : Non, en effet, c’est une version différente.

Au sujet de Sharon Van Etten, c’est une bonne amie à toi ? Elle t’a soutenue dans ta carrière ?

Torres : Oui, Sharon est une chère amie. Je l’ai rencontrée il y a un peu plus de deux ans. Elle était venue à mon tout premier concert à New York. Et depuis le début elle m’a apporté son soutien, elle m’a aidée de plein de manières, elle m’a présentée à ses amis musiciens, elle a organisé cette session pour le titre ‘New Skin’ à Philadelphie. Elle m’a certainement ouvert des portes, parce c’est vraiment une bonne personne. Elle soutient les artistes auxquels elle croit, et je lui en suis vraiment très reconnaissante.

Y-a-t-il d’autres artistes avec qui tu aimerais collaborer dans le futur ?

Torres : J’en ai quelques-uns dans mon radar. J’hésite un peu à le dire… Voyons voir ! Il y a des artistes dont je suis très fan en ce moment et avec qui j’adorerais collaborer mais je ne sais pas si cela serait dans le domaine du possible ou les bonnes personnes, mais je suis très intéressée par le mélange des genres musicaux, et de travailler avec des gens qui font quelque chose de totalement différent de moi, avec quelqu’un comme Kendrick Lamar par exemple. J’adore quand les artistes font ça parce qu’on y retrouve le meilleur de chaque univers.

Es-tu surprise par l’accueil très positif que tu as reçu jusqu’ici ? Ca fait quoi ?

Torres : Je suis vraiment très étonnée mais surtout reconnaissante. Je suis consciente que tout le monde n’a pas la chance de faire ça, et rien que ça, ça me donne un grand sens des responsabilités.

Et sur scène, quelle est ton approche ? Tu joues en solo ? Avec un groupe ? Tu t’écartes des versions de l’album ?

Torres : Je vais tourner avec un groupe, on sera quatre. Malheureusement quand je viendrai jouer à Paris en juin ce sera moi toute seule. Je n’avais pas les moyens de faire venir tout le groupe avec moi pour cette date, mais en général je joue avec un groupe. Quant à mon approche en concert, j’essaie de donner à mon auditoire une expérience transcendante. J’aime m’assurer que les versions live de mes chansons soient à la hauteur des attentes, au regard des versions studio. Je veux m’assurer que ma performance n’est pas décevante. Je veux faire en sorte que mes concerts soient encore meilleurs que le disque. J’aime y mettre autant d’énergie que possible et surtout y prendre du plaisir, et ce n’est pas forcément une chose à laquelle les gens s’attendent, le plaisir que je prends à jouer ces chansons sur scène.

Propos recueillis à Paris le mercredi 15 avril 2015

Un grand merci à Torres et à Florian Leroy pour avoir rendue cette interview possible.

Pour plus d’infos :

Lire la chronique de Sprinter (2015)

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