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RAE MORRIS : « J’ai voulu faire ce dont j’avais vraiment envie »

Malgré des critiques enthousiastes, Rae Morris reste une artiste à la renommée relativement confidentielle, surtout vis-à-vis de son potentiel aussi bien artistique que commercial. Fort heureusement les choses pourraient bientôt changer pour la native de Blackpool puisque son single « Reborn » a servi de générique de fin aux diffusions de la coupe du monde sur la BBC. Découverte d’une artiste qui a su elle aussi renaître en l’espace de deux albums radicalement différents.

RAE MORRIS - Interview - Vendredi 15 juin 2018

Peux-tu d’abord me parler un peu de toi, quand as-tu commencé à faire de la musique ?

Rae Morris : Je suis originaire de Blackpool, au nord de l’Angleterre. Je suis née là-bas, et j’y suis restée jusqu’à l’âge de 21 ans. J’avais étudié l’art et la musique à l’école, j’ai commencé à faire de la musique à plein temps vers l’âge de 16 ou 17 ans, avant d’aller à l’université. Par la suite j’ai dû me rendre beaucoup à Londres, donc c’est là que je vis maintenant.

Tu as signé un contrat avec une maison de disques très jeune, comment revois-tu ces années-là avec le recul ?

Rae Morris : Je les revois avec beaucoup de tendresse, c’était une période vraiment excitante pour moi. Je sortais à peine de l’université lorsque le management du label m’a contactée. Je n’avais aucune idée de ce qui se passait. J’ai donc signé avec Atlantic Records et sorti mon premier EP en 2012.

Après ton premier album qui était principalement centré autour du piano, tu es revenue l’an dernier avec le single « Reborn » qui était un changement de style radical. Qu’est-ce qui a déclenché cette nouvelle direction musicale ?

Rae Morris : Je crois que pendant le temps que tu passes à faire et promouvoir un album, tu as aussi le temps de beaucoup changer. J’avais en moi les chansons que j’ai enregistrées pour mon premier disque depuis l’âge de 17 ans. Pendant les sept années qui ont suivi j’ai traversé beaucoup de choses, et notamment en termes de goût musicaux. Sur mon premier album il fallait que je reste encore fidèle à cette forme de pureté, de naïveté, mais ensuite grâce à toutes mes expériences j’avais de nouveaux atouts à faire valoir. Tout cela est venu très naturellement. Je m’inquiétais de ne plus prendre autant de plaisir à faire de la musique et j’ai voulu faire ce dont j’avais vraiment envie, quelque chose qui soit fun et excitant à écouter.

Ce premier single était en quelque sorte un indice envoyé à tes fans de la direction musicale dans laquelle tu étais sur le point de t’engager ?

Rae Morris : Oui, c’est l’une des premières chansons que j’ai écrites pour le nouvel album, et je crois que les paroles sont effectivement parfaites pour décrire un nouveau départ. Et c’était un pont entre ces deux époques parce qu’il parlait de la solitude que tu peux ressentir en tournée et c’était une réaction à la façon dont tu peux te retrouver très rapidement étiquetée dans la musique. Je fais donc référence au fait d’effacer tout ça, de remettre les choses à plat afin de me débarrasser de toutes les idées préconçues que l’on pourrait se faire à mon sujet.

Fryars, qui avait déjà collaboré avec toi sur “Unguarded” a eu un rôle plus important cette fois-ci, peux-tu me parler de votre travail ensemble ?

Rae Morris : Oui, j’ai tourné assez longtemps pour mon premier album, je crois que la tournée a pris fin vers octobre 2015, et nous avions pris rendez-vous à ce moment-là pour travailler ensemble en studio. Je pensais que ce serait une session unique et que j’allais ensuite faire un break, loin de la musique, avant de commencer à écrire mon nouvel album. Mais cette session fut tellement bonne que je me suis dit qu’il fallait continuer, j’ai donc recommencé à écrire non-stop à partir de là. Il comprenait parfaitement ce que je voulais faire, et il m’offrait une grande liberté artistique, c’était totalement ouvert.

RAE MORRIS - Interview - Vendredi 15 juin 2018Ton album s’appelle « Someone Out There », et c’est aussi le titre d’une de tes chansons. Y-a-t-il un message d’espoir derrière ce titre ?

Rae Morris : Oui, ça ne fait aucun doute. Cet album est très positif et heureux, alors que l’on célèbre souvent la tristesse en musique. Les artistes t’encouragent presque à traverser des épreuves pour écrire dessus. Evidemment les chansons peuvent venir de là, mais je crois qu’on peut aussi être heureux et composer de très bonnes musiques. Cette chanson est certainement une célébration du fait de tomber amoureux, de ses aspects heureux et compliqués, c’est assez léger et fun également.

Contrairement à « Unguarded », « Someone Out There » ne laisse effectivement aucun doute sur le fait que c’est un album joyeux. Reflète-t-il ton état d’esprit au moment où tu l’as écrit ?

Rae Morris : Oui complètement parce que le fait d’être libre de faire ma musique seule m’a placée dans cette situation très heureuse. J’ai pu l’écrire et le produire comme je l’entendais. J’ai eu le temps de discuter longuement avec Fryars de cette musique voulait dire pour moi et de la direction que devrait prendre ce disque. Et j’étais heureuse de me retrouver à Londres parce que je n’y avais pas passé tellement de temps, j’avais beaucoup voyagé auparavant et je n’y avais finalement pas tellement habité. J’ai profité de ce temps, de me réveiller tous les matins dans mon appartement de l’Est londonien.

En parlant de bonheur, « Do It » parle de mordre la vie à pleines dents. Est-ce en réaction à une période pendant laquelle tu te retenais justement un peu de le faire ?

Rae Morris : Cette chanson est pleine d’humour, c’est un peu comme une blague que j’ai changée en quelque chose de sérieux. Fryars et moi l’avons écrite une semaine avant de sortir ensemble, et c’est un peu un reflet du titre « Cold » qui était sur mon album précédent et qui parlait d’une relation fictive que nous trahissions, et quelques années plus tard nous nous sommes retrouvés dans cette relation pour de vrai ! Nous avons trouvé ça vraiment marrant et nous voulions en parler.

Il n’est pas seulement question de musique joyeuse, certaines chansons abordent des aspects plus sombres de la vie. Peux-tu m parler de « Rose Garden » ?

Rae Morris : Oui, tu as absolument raison, je ne passe pas seulement mon temps à chanter « je suis vraiment heureuse, la la la ! » avec des fées autour de moi ! Il y a d’autres façon d’être heureux et cette chanson en particulier possède une force audacieuse. Elle parle d’une de mes amies qui a vécu avec une maladie pendant très longtemps, elle m’a tellement inspirée. Elle détestait entendre dire au sujet des gens qui ont un cancer qu’ils se battaient contre la maladie, ce qui rend la personne touchée encore plus pathétique. Cette chanson c’était ma manière de dire comme par défi combien elle était intrépide sans avoir besoin de dire qu’elle était courageuse.

Cet album fut-il plus difficile à écrire que le premier ?

Rae Morris : Non, absolument pas. Il fut au contraire bien plus facile, c’est le projet qui m’a donné le plus de plaisir. Et avoir un peu plus d’expérience en studio avec Fryars m’a permis de l’enregistrer et de le produire de façon beaucoup plus décontractée.

A part Fryars, d’autres producteurs ont participé à cet album. Ne craignais-tu pas que le résultat soit un peu trop dispersé ?

Rae Morris : Ben (Fryars, ndlr) et moi avons écrit la plupart des chansons. J’en ai aussi écrit une avec Jenn Decilvio qui est vraiment incroyable. Une fois que toutes les chansons ont été prêtes je les ai apportées au producteur My Riot pour les travailler ensemble. J’ai surtout eu vraiment le sentiment d’apprendre beaucoup de choses en termes de production, parce tous ces gens sont très organisés, particulièrement Tim (Bran?, ndlr) avec qui j’ai enregistré des sections de cordes live. Et puis il y a aussi Starsmith avec qui j’ai enregistré le titre « Dancing With Character », il a produit le morceau tout seul, c’était vraiment bien de l’avoir avec moi aussi.

Penses-tu avoir trouvé avec ce nouvel album une identité musicale qui a pu manquer à ton premier disque qui était en quelque sorte plus classique ?

Rae Morris : Potentiellement oui. Je pense que le sens de cet album est plus clair parce que je savais comment m’y prendre, et produire quelque chose qui raconte une histoire de bout en bout alors que mon premier disque était plus une collection de chansons que j’avais assemblées sur des pensées et des émotions qui venaient un peu de toutes parts, avec la naïveté émotionnelle d’une adolescente et ça peut s’entendre dans la musique. Je pense que pour les gens qui font de la musique les albums sont liés, c’est un procédé progressif, mon premier reflétant bien qui j’étais à l’aube de mes vingt ans.

Et maintenant que tu fais de la musique électronique comment se passent tes concerts, tu n’es plus assise derrière le piano, j’imagine que c’est libérateur ?

Rae Morris : Oh oui c’est incroyable, tellement fun ! Je peux sauter dans tous les sens et je me suis découvert une passion nouvelle pour la danse. Je me surprends vraiment parce que je n’ai jamais été une danseuse, je n’en ai jamais tiré tellement de plaisir et la musique a complètement changé tout ça. J’adore ça maintenant. Je m’assoie quand même un peu derrière le piano, sur « Rose Garden » notamment, et sur « Someone Out There » aussi. Certaines chansons requièrent toujours que je joue. C’est toujours l’une de mes passions mais j’aime pouvoir me déplacer librement. Mais mon but c’est que les gens puissent entendre ma musique telle qu’elle est, parce que beaucoup n’ont pas encore entendu ce disque. Sur la tournée avec Jungle en France je n’ai pas pu emmener mon groupe avec moi pour des questions de moyens, alors j’essaie autant que possible de faire profiter au public de la production complète de mes titres en utilisant les samples.

Peut-on finalement dire que cet album t’a permis de t’imposer, en tant qu’artiste et en tant que femme ?

Rae Morris : Oh oui, absolument ! Je crois qu’on m’a toujours appris à être ainsi. Ma mère est une femme incroyable et mon père est un homme incroyable. Je me battrai toujours pour ce qui est juste et pour les gens. Quand il y a des injustices il faut faire entendre sa voix. Il faut donner ce que l’on a de meilleur, et faire du grand art, des choses qui ont du sens et continuer à le faire pour de bonnes raisons !

Propos recueillis par téléphone le vendredi 15 juin 2018.

Un grand merci à Rae Morris, à Arnaud, Adrien et Léna de Warner pour avoir rendue cette interview possible contre vents et marées, ainsi qu’à toute l’équipe de Warner Music France.

Pour plus d’infos :

Chroniques :

Someone Out There (2018)
Unguarded (2015)

Le Trianon – Paris, dimanche 20 mai 2018 : galerie photos

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