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Ysé : « J’espère que la douceur que j’y ai mise se ressentira. »

Ysé a grandi entourée de musique, mais au-delà du solfège, c’est à l’oreille et en autodidacte qu’elle a dompté la basse, la guitare et le piano. Influencée à l’adolescence par des artistes comme Beirut, elle a ensuite délaissé l’anglais pour la chanson française, un choix dicté par un besoin de sincérité. Son premier album, « Pour ce qui nous attend de mieux », marque une transition de l’ombre à la lumière, mêlant habilement piano intimiste et envolées orchestrales. Rencontre avec une artiste pour qui l’optimisme est une force motrice.

Ysé © Marina Viguier
Ysé © Marina Viguier

Tu as commencé le violoncelle à seulement 3 ans. Comment cet instrument qui devait être plus grand que toi à l’époque a-t-il forgé ton oreille et ta sensibilité musicale, avant même que tu ne commences à écrire ?

J’ai commencé à trois ans, mais j’avais 1/16 d’un violoncelle d’adulte ! Mais vraiment ça ressemble à un petit violon, ou à un alto peut être, tout petit. Mais oui, je pense que ça a été tout de suite l’élément déclencheur parce que ça m’a forcée à progresser. En plus j’étais assez rebelle, pas très bonne élève. Je n’aimais pas trop le solfège et donc je rechignais un peu mais j’apprenais avec ma propre méthode. J’ai travaillé l’oreille en fait pour éviter un peu les cours de solfège. Donc voilà, c’était un peu ma petite méthode, mais je crois que ça m’a aidée pour l’apprentissage d’autres instruments par la suite, à l’adolescence. Je suis autodidacte à la basse, à la guitare, au piano. Et je pense que tout ça vient du bagage classique quand même.

Tu as grandi dans une famille de mélomanes avec une mère chanteuse lyrique et pianiste. Est-ce que cette éducation classique était un socle rassurant ou quelque chose dont tu as dû te détacher pour trouver ta propre voie ?

J’ai essayé de m’en détacher. Le parcours classique, c’était plutôt l’apprentissage, et rester dans un rôle d’interprète – par ailleurs de partition qui était magnifique – mais je ne trouvais pas la sensation de liberté dans la création et à l’adolescence je me suis dit assez spontanément « ok Il faut que je puisse être plus autonome dans la créativité » donc l’apprentissage de la guitare a suivi et mes premières chansons avec trois accords barrés ! Je m’en suis plutôt libérée mais ça m’arrive d’accompagner des artistes et de revenir au violoncelle. Je suis en tournée sur un très beau projet, un hommage à Leonard Cohen par H Burns. Je fais aussi partie du Stranger Quartet. On est quatre : Lonny, Mélie Fraisse, Pauline Denize et moi au violoncelle. On forme un quatuor à cordes mais aussi vocal et on joue d’autres instruments aussi sur ce projet. Donc il y a eu un retour du violoncelle dans ma vie alors que, pendant mon adolescence, je l’avais vachement rejeté. Donc c’est finalement assez chouette de choisir à nouveau cet instrument maintenant.

Ysé © Marina Viguier
Ysé © Marina Viguier

À 15 ans, tu écrivais déjà tes premiers textes influencés par le folk américain. Quelles étaient tes idoles à cette époque ?

J’écoutais beaucoup Beirut, Feist, pas tant américain mais vachement anglo-saxon, enfin les deux ! J’ai quand même beaucoup écouté Bob Dylan aussi mais Beirut c’était mon obsession. Et ce qui est assez dingue c’est que j’ai réussi à relier ça dans mon disque qui va sortir où j’ai pu collaborer avec un des membres. Ce n’était même pas un rêve tellement je pensais que ce n’était pas possible donc c ‘est assez fou d’avoir pu le réaliser.

Tes premiers titres étaient intégralement en anglais. Est-ce que chanter dans une autre langue était un abri plus rassurant pour ne pas avoir besoin de te livrer ou simplement lié à ta culture musicale de l’époque ?

Honnêtement je pense que c’était les deux. Et puis l’anglais, on le parlait chez moi. Ma mère a tenu à nous éduquer en me parlant en anglais. J’avais une scolarité avec un parcours complètement bilingue, il y avait des anglo-saxons dans mon école. Il y avait donc une forme naturelle et je crois quand même que ça m’allait bien maintenant que je l’analyse de me cacher un peu derrière le fait que tout le monde n’allait peut-être pas forcément comprendre mes paroles, y compris dans ma famille et donc ça m’arrangeait bien. En tout cas la démarche d’écrire en français a été vraiment pour me faire comprendre et m’assumer et oser m’exprimer. C’était oser me livrer et accéder à une forme d’honnêteté et plus de sincérité dans les textes en fait. Par la forme de la langue qui est plus exigeante aussi que l’anglais et qui permet des formulations un peu plus floues aussi parfois ou plus fun que le français. Je trouve que le français est plus dur, mais exigeant c’est Chouette.

Alors justement, quand tu es passée de l’anglais au français, tu es aussi passée plus ou moins en même temps de Ysé Sauvage à Ysé. Est-ce qu’il y a justement un lien entre les deux, pour dire que tu avais évolué musicalement, que le projet avait changé ?

Oui, pour moi, c’est complètement séparé mes premières envies. Ce projet de chansons folk en anglais. Et je ne voyais aucun moyen de le rattacher à ce que je fais maintenant. Et Ysé c’est mon prénom. Je trouvais que c’était le plus juste quoi de ne pas me cacher derrière un alias et d’être moi-même.

Avec de nombreuses dates de tournée en premières partie de Pomme, de Jeanne Added, d’Arthur H, qu’as-tu appris de ces artistes qui a pu te servir pour ton album ?

Déjà l’exercice de la première partie. Je trouve que c’est un bon exercice. Quand on se lance dans la musique, le public n’est pas forcément là pour nous. Donc il y a un vrai challenge à convaincre et ça, c’est un exercice que j’aime bien. Je m’attelle régulièrement quand même à faire des premières parties, je trouve ça important. Et surtout quand on a la chance de rencontrer l’artiste après, ça peut créer des moments de partage assez chouettes. Je pense surtout à deux artistes moi qui m’ont vraiment marquée, mais plutôt dans mon adolescence, c’était parmi les tout premiers concerts. J’avais pu ouvrir pour Yael Naim et Jeanne Added qui avaient vraiment pris le temps, elles m’avaient accueilli dans leur loge, on avait pu parler. Je me souviens, j’étais Jeune, je devais avoir 16 ou 17 ans, un truc comme ça. Je n’avais pas trop conscience, je crois, de la chance que j’avais à ce moment-là. Elles m’avaient donné des retours de leurs expériences et je crois que c’est là que j’ai un peu compris que ça pouvait être un métier pour moi aussi, avec des référentes féminines qui faisaient ce métier, qui étaient aussi créatrices, autrices, compositrices, interprètes Pas juste « la chanteuse ». Et je me suis retrouvée dans ces deux artistes-là, ce sont surtout elles qui m’ont marquée

Ton premier single « Tour du monde » explore le besoin de profiter de chaque instant. Est-ce que tu penses avoir choisi ce titre pour présenter ton album ou parce qu’il représente pour toi une sorte d’ouverture vers l’extérieur ?

Oui c’est morceau assez lumineux et j’ai écrit un disque qui, je crois, est plutôt porteur d’espoir, ouvert, lumineux. Plutôt de l’après-deuil que le deuil et la rupture et tout ça. Et « Tour du monde » c’est étrangement une chanson qui parle de la mort mais de manière assez positive, c’est à dire que l’on a peu de temps et on ne sait pas combien de temps nous est alloué, donc il faut absolument profiter des gens que l’on aime et oui, faire le tour du monde… Si on peut ! Pas forcément « toute la planète » mais on a l’image !

Justement, le passage de l’ombre à la lumière c’est un peu le fil conducteur de l’album. Tu expliques avoir commencé ce disque comme un album de rupture avant de réaliser que tu l’avais déjà « digérée ». À quel moment précis du processus créatif as-tu senti ce basculement de l’ombre vers la lumière ?

Je pense qu’il y avait une chanson que je n’arrivais pas bien à finir dont je n’avais vraiment que le début, mais je ne sais pas pourquoi, je le sentais parce que j’avais une boucle de piano, un truc un peu lancinant que j’avais, et c’est la toute dernière chanson de l’album qui a fini par lui donner le nom éponyme, mais je n’avais vraiment que le début : « Tu crois aux mots d’amour que disent les gens heureux. Tu aimes les mauvais jours pour ce qui nous attend de mieux. » On traverse tous et toutes des périodes compliquées, mais on les transcende souvent. En tout cas, le temps nous amène à ça en général. Et je trouvais beaucoup plus beau de parler de l’après, de ce qu’il y a de beau même dans des moments compliqués. Voilà, ne pas faire un album larmoyant.

Le piano est au centre de ton jeu mais l’album évolue vers une musique parfois plus orchestrale, parfois plus pop/rock. Comment as-tu travaillé ce mélange de textures ?

Sur ce disque là, ça s’est un peu imposé. Il y avait plus de morceaux au piano. Il y a quand même quelques guitares-voix qui se sont immiscées, mais le piano est beaucoup plus central. J’ai un super piano dans mon salon, c’est un peu mon cocon, j’aime bien jouer dessus. J’ai un vrai piano droit tout nul ! Mais j’ai fait poser des super sourdines très épaisses donc il a un son que j’essaie d’ailleurs de recréer sur l’album. Un son très feutré, très doux, cotonneux, pas du tout brillant, pas un grand piano fort et donc je trouve que le fait d’avoir un piano assez feutré amène une proximité dans le disque. J’ai recréé un peu mon salon.

D’ailleurs, où tu l’as enregistré, et avec qui ?

Une grosse partie au Studio Mastoid, avec Perceval Carré. C’est un énorme studio à Pantin, un endroit superbe avec beaucoup d’instruments divers et variés donc on peut faire plein d’essais. Et surtout j’avais repéré qu’il avait un piano que j’aimerais bien ! J’avais surtout envie de son piano et voilà, on a fait beaucoup de prises là-bas.

Le titre « Je te cherche partout » est un mémo capté à l’iPhone. Pourquoi avoir gardé cette « chanson fragile », sans artifices, au milieu d’une production plus dense ?

Je l’ai quand même jouée sur scène, mais c’était toujours guitare-voix et je n’ai jamais réussi à aboutir à une version arrangée que je trouvais convaincante. Et j’aimais bien l’idée qu’une petite pastille pas prise de tête dans le disque. Je n’avais pas prévu de la mettre mais je me suis dit « ah mais quand même, pourquoi ne pas juste en faire un grand moment mais dans une petite pastille comme une interlude ». Et j’adore cette forme un peu DIY.

« Les choses simples » est un autoportrait en prose très touchant… J’en ai retenu que tu aimais la dernière chanson des albums, alors je te pose la question : quelle est ta chanson de clôture préférée ?

Il y a un album que j’adore de Damien Rice et il y en a une à la fin qui s’appelle « Eskimo ». J’ai remarqué que souvent les dernières chansons ne sont pas forcément les plus écoutées, mais j’ai toujours la sensation que l’artiste a vraiment choisi cette chanson pour une vraie raison et qu’il faut donc aller l’écouter. C’est sûrement celle-là qui fait sens pour le disque et elles ne sont pas forcément plus écoutées.

Cette chanson de Damien Rice m’a justement fait penser à la dernière de ton album avec cœur d’opéra à la fin.

Il y a clairement un parallèle.

Est-ce que tu avais justement envie de finir ton album en apothéose ?

Je ne m’étais pas forcément dit que ça finirait en apothéose mais j’avais un chose en tête depuis le début. Ma mère est chanteuse lyrique, mais ça fait des années qu’elle ne chante plus et c’était important pour moi de travailler avec elle. Je voulais lui proposer d’intervenir à un moment sur mon album. En tout cas, je voulais immortaliser la voix de ma mère, c’était plus ça, elle a une voix lyrique donc je ne pouvais pas ne pas soutenir le fait qu’elle a une voix de chanteuse d’opéra. Donc assez naturellement, au niveau des arrangements, je me suis retrouvée à aller vers quelque chose de plus orchestral pour porter sa voix. Et ça a été un moment hyper émouvant pour moi.

Ce titre c’est aussi une ode aux optimistes. Est-ce une promesse que tu te fais à toi-même ou un message que tu as ressenti le besoin d’adresser à ton public ?

Je suis plutôt angoissée donc ça peut m’arriver de paniquer mais je ne suis pas sûre que parce qu’on est angoissé on est optimiste. J’ai surtout quelqu’un dans ma vie qui, je trouve, l’est beaucoup, qui a une force tranquille dans la vie, qui fait que je peux me reposer. J’ai la chance d’avoir dans ma vie des gens qui le sont vraiment et je crois que ça porte les personnes qui le sont un peu moins ou par moments on a des cycles où l’on est un peu moins optimiste et moi je crois vraiment à ça : le bonheur attire le bonheur. En tout cas l’énergie qu’on envoie peut changer quelque chose chez les gens. Donc si on est optimiste, je crois qu’on peut convertir les gens à l’optimisme, et je crois que c’est une bonne conversion !

En parlant d’optimisme, à la veille de la sortie de son album, quelle est l’émotion dominante ?

De la fierté. La fierté d’y être arrivée. Faire ce rêve d’enfant que j’ai depuis toujours, et il y a un petit pincement de me dire « ah ! C’était Mon rêve pendant des années et puis ça y est ! ». Et donc que sera la suite ? Il y en aura sûrement un deuxième, mais ça a été toute ma construction de me dire « j’avance, j’avance, j’avance vers ce premier album ». Et le voilà ! Donc maintenant on va juste le jouer et le faire découvrir !

Si tu devais résumer l’état d’esprit dans lequel tu aimerais que l’auditeur se trouve après avoir écouté les 10 titres de l’album, quel serait-il ?

J’espère que la douceur que j’y ai mise se ressentira. C’est un gros câlin. Je l’envoie comme ça !

Un grand merci à Ysé, à Ground Zero, ainsi qu’à Marion de l’agence Ephélide pour avoir rendu cette interview possible..

Pour plus d’infos :

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