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Hooverphonic : « La musique est comme une fenêtre sur le monde »

Hooverphonic, c’est une longue, très longue histoire, pleine de rebondissements, de chanteuses (six depuis 1995) et de genres musicaux divers et variés. C’est aussi un éternel recommencement : après le retour de Geike Arnaert, les Belges ont semblé reprendre les choses là où il les avaient laissées au milieu des années 2000, dans une verve orchestrale, avant de brouiller les pistes sur « Fake Is The New Dope », un douzième album qui puise, entre autres, dans l’électro-pop des années 90. Nous avons profité de la venue d’Hooverphonic en concert à Paris puis nous entretenir avec le trio, mené par l’affable et très loquace Alex Callier, et replonger ensemble dans les trente ans d’histoire du groupe et son envie toujours intacte d’aller toujours plus loin.

Hooverphonic - Interview - Paris, mercredi 27 mars 2024
Hooverphonic © NICTURES

Après votre reformation en 2020, vous avez sorti un album qui rappelait les aspects cinématographiques et orchestraux de votre passé. Aujourd’hui, vous revisitez une autre facette, plus proche de la pop et de l’électronique des années 90 sur « Fake Is The New Dope ». Êtes-vous nostalgiques de cette époque ?

Alex Callier : Non, nous ne sommes pas nostalgiques, mais c’était fun !  Nous sommes belges et dans les années 80 c’était très difficile pour les groupes belges faire quelque chose à l’international. Ce n’était vraiment pas facile. Ils étaient parfois signés sur de grands labels, mais ils ne vendaient qu’en Belgique. Dans les années 90, quelque chose a changé. Il y a eu une nouvelle attitude, de la place pour plus d’expérimentations. Nous avons donc vu apparaître tous ces groupes comme dEUS, Soulwax ou K’s Choice qui ont soudainement connu un succès international. Donc les années 90 ont été très fun, mais je crois que ce genre de choses arrive à chaque décennie. On peut se demander ce que sont les années 90. Oui, il y a eu la partie électronique, mais le début de la décennie a été Grunge et très varié, avec beaucoup de musiques différentes. Les Black Crowes et Lenny Kravitz étaient très impliqués dans le renouveau des années 70, alors que le Grunge était une réaction à l’ère plastique des années 80. Et puis, au milieu des années 90, tous ces groupes électroniques intéressants sont apparus, vers 1994 avec les Chemical Brothers. C’était vraiment cool, bien sûr. Mais si tu nous poses la question, nous sommes bien meilleurs en concert maintenant qu’à l’époque, nous avons tellement plus de connaissances sur la façon dont les concerts fonctionnent et sur leur mise en place, et nous sommes de meilleurs musiciens.

Pour nous il était peut-être temps de revenir aux années 90 parce que c’était il y a 25 ans, et c’est comme la mode. Nous avons eu l’impression d’être à nouveau attirés par ce cycle. Nous ne l’avons même pas fait exprès. Par exemple, les influences Hip Hop old school sont venues parce que je regardais Ozark, une série américaine. Il y a cette jeune femme cool dans la série, très petite, blonde, elle conduit un gros camion et chaque fois qu’elle conduit, elle écoute très fort « Illmatic », le disque de NAS. Je regardais ça et je me suis souvenu que c’était un super disque, que je devrais l’écouter à nouveau. Et donc j’ai commencé à le réécouter, et aussi beaucoup de musique électronique au même moment. Toutes ces choses t’influencent, quoi que tu fasses. D’une certaine manière, Billie Eilish a elle aussi réinventé le Trip-Hop. Les plus jeunes s’y mettent aussi. C’est la raison pour laquelle toutes ces influences sont là, elles nous définissent.

Qu’est-ce qui différencie la réalisation de cet album de celle du précédent, puisque vous étiez de nouveau ensemble depuis « Hidden Stories ». Vous avez eu plus de temps pour réfléchir à ce que vous vouliez faire ?

Geike Arnaert : Oui, tout à fait. Quand je suis revenue, il y avait beaucoup de chansons prêtes à être enregistrées, mais évidemment, ça n’a pas été le cas, nous n’en avons gardé que quelques-unes pour l’album. J’avais le choix parmi toute une collection de chansons qui avaient été écrites et nous avons choisi de prendre le temps d’expérimenter.

Alex Callier : Nous avons écrit beaucoup de chansons. Mais en 2020, nous avons aussi dû nous concentrer sur toutes celles qu’elle n’a pas chantées pendant toutes ces années sans elle, ça faisait beaucoup. Ensuite avec « Hidden Stories », il s’agissait de redevenir un bon groupe de scène. Et donc sur cet album, nous avons pu nous concentrer davantage sur le studio. Il y a eu un ou deux titres qui ont, comme, toujours, défini l’album suivant. J’écris beaucoup et certains morceaux restent au placard pendant longtemps. Et parfois je me dis que le moment est venu de s’en servir à nouveau. Juste le fait d’écrire ensemble et d’être en studio, d’avoir plus de temps, nous a permis d’avoir plus de compositions qu’avant et plus de de place pour expérimenter. Nous sommes toujours très curieux, donc nous nous disons toujours : « Peut-être devrait-on essayer ça, que ça marchera ». C’est ce que nous avons fait et c’était vraiment cool. Et c’est bien de voir que quand Geike chante nous redevenons Hooverphonic, sa voix est la colle qui nous rattache à notre ADN. Nous avons essayé beaucoup de choses, dont « Por Favor » dont nous n’étions pas vraiment sûrs au début. Nous ne l’avions pas gardée puis à un moment donné nous avons demandé à un ami quelle était la chanson manquante et il a répondu « Por Favor »!

Hooverphonic © NICTURES
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Geike Arnaert :  Alex l’a écrite du point de vue d’une femme envers un homme et leurs sentiments. Jy ai vu mes deux facettes, celle qui est très sûre d’elle et celle qui a besoin d’un coup de main.

Alex Callier : Tu es un peu comme Dr Jekyll et Mr Hyde !

Geike Arnaert :  Oui, c’est vrai ! (Rires)

Alex Callier : Je pense toujours aux paroles comme quelque chose d’universel, mais j’ai aussi besoin d’être personnel parce que je suis l’auteur. Donc c’est toujours une sorte de défi de trouver une forme neutre du point de vue du genre pour commencer, parce que je suis un homme et Geike une femme, elle ne doit pas perdre sa personnalité, je dois être capable de faire en sorte que ce soit à elle. C’est aussi ce qui définit quelles chansons finissent sur l’album.

Les paroles sont-elles plus difficiles à trouver que la musique ?

Alex Callier : Parfois quand j’écris les paroles arrivent très facilement, et à la fin je me demande d’où ça vient. Et d’autres fois je ne trouve pas l’inspiration parce que pour moi la mélodie est la partie la plus universelle d’une chanson. Je me souviens encore quand j’étais à l’école et que je marchais dans la cour de récréation avec des enfants de sept ans, j’en ai entendu un qui chantait « Zod, Zod, let it all out ! » (« Shout, Shout, Let it all out » de Tears For Fears, ndlr) j’ai reconnu le morceau immédiatement mais je me suis dit que ce n’étaient pas les paroles. Mais la mélodie fonctionnait !

Quand j’écris avec Luca Chiaravalli qui est italien, il arrive que nous écrivions une chanson que nous n’utilisons pas et je lui dis « pourquoi ne pas la traduire en italien et la sortir là-bas ? » mais c’est impossible. La métrique de l’anglais et celle de l’italien ne fonctionnent pas. C’est la raison pour laquelle Alain Chamfort a dû réécrire « Le temps qui court » (une adaptation de Could It Be Magic de Barry Manilow et Adrienne Anderson de 1973, ndlr), ça ne pouvait pas être magique tel quel parce que c’est presque impossible à traduire littéralement. Il faut trouver un autre moyen de la chanter. C’est pourquoi les mélodies anglaises sont également différentes des mélodies françaises ou flamandes, parce que c’est la langue et son rythme qui décident de ta manière de chanter. Quand Geike chante en flamand c’est presque une voix différente. J’entends bien que c’est elle, mais ça ne sonne pas pareil, les cordes vocales sont l’instrument le plus polyvalent qui soit. C’est pourquoi je pense que beaucoup de gens préfèrent la musique vocale à la musique instrumentale. Et je dois je suis sans doute un peu comme ça moi aussi. J’écoute de la musique instrumentale, mais je pense que cela ne représente que 10% de ce que j’écoute, je peux facilement passer au jazz ou à la musique classique. Nos goûts musicaux sont très éclectiques, voilà pourquoi nos disques le sont aussi.

L’album s’intitule « Fake Is the New Dope ». Je pense qu’il est juste de supposer qu’il fait directement référence au cadre dans lequel nous affichons nos vies aujourd’hui, sur les réseaux sociaux en particulier ?

Alex Callier   Il s’agit de tout. De l’auto-tune, de Photoshop, de l’intelligence artificielle, de la chirurgie plastique… Il s’agit de tout ce que nous essayons de manipuler pour l’améliorer. Je ne suis pas contre, j’utilise parfois le logiciel Melodyne et d’autres. Mais à un moment donné, il ne faut pas en abuser. Par exemple il n’y avait rien de mal à boire un ou deux verres de vin, mais si tu bois quatre bouteilles par jour, tu as un problème. Et j’ai remarqué que vouloir faire le pitch parfait devient une sorte de dépendance. Et je vois que certaines générations luttent avec ça. Par exemple, j’ai été coach pour l’émission The Voice en Belgique, et je voulais faire « El President » de Drugstore avec Thom Yorke. Dans ce titre la chanteuse chante en dehors de la gamme. Mais c’est quand même une belle chanson et je l’ai présentée à ces jeunes pour qu’ils la découvrent et la reprennent. Il y avait deux camps dans ce concours. L’équipe ‘alternative’ et l’équipe ‘commerciale’, ce qui était tout à fait étrange parce que, dans la plupart des pays, c’est très commercial, mais en Belgique, nous avons toujours des choses différentes. Pour la seconde équipe ce n’était pas possible de reprendre Drugstore, mais je ne pouvais pas convaincre mon équipe non plus qui me disait « Non, c’est une mauvaise chanson ». Je leur répondais qu’ils avaient tort, la chanteuse n’est pas dans le ton mais la mélodie est super. Ils avaient du mal avec ça. Je pense que la prochaine génération va réagir, parce que les jeunes s’emparent de la musique. Ils reprennent des guitares, et c’est un instrument qui n’est jamais parfaitement accordé. C’est pour ça qu’on l’aime, tout comme la musique des années 60 où beaucoup de choses sonnaient un peu faux, mais c’est pour ça que ça marchait. Donc la question que nous posons sur cet album, c’est : jusqu’où peut-on aller ? Où se trouve le bon équilibre ? Quand est-ce que ça devient du ‘plastique’ ? Je n’ai rien contre la chirurgie plastique, mais parfois tu vois des gens et ça fait peur. C’est presque de l’automutilation ou quelque chose comme ça. La plus grande différence, c’est que dans les années 80, quand on programmait de la musique c’était évident, ça s’entendait. Comme les cordes des Backstreet Boys, ce n’était pas un vrai orchestre. Maintenant nous en sommes à un point où je pense que 50% de toutes les bandes sonores d’Hollywood sont programmées et, pour être honnête, je n’aime pas ça, mais beaucoup de gens ne le remarquent même plus. Ils pensent que ça marche. Je n’aime pas ça parce que, bien sûr, en tant que producteur, je l’entends. Évidemment c’est une question d’argent. En gros, l’intelligence artificielle ne me dérange pas, mais il faut qu’elle fasse quelque chose sur le plan émotionnel, car la musique doit toucher les gens. Et pour l’instant, l’intelligence artificielle ne le fait pas. Mais on ne peut pas dire que ça n’arrivera jamais.

Quoi qu’il en soit, ce disque est différent de son prédécesseur où nous avions essayé de créer un monde plus onirique. Sur cet album, nous parlons un peu plus de ce qui se passe politiquement, pas sur chaque chanson mais c’est une chose que nous n’avions jamais faite auparavant. Parce que c’est omniprésent, tout autour de nous, c’est presque inévitable, on ne peut plus vraiment l’ignorer. Je ne sais pas ce qu’il en est ici en France, mais en Belgique il y a des élections en mai et ça ne s’annonce pas bien. Et la Hollande est déjà le pays où tout le monde a toujours pensé que ça n’arriverait jamais et c’est arrivé. J’ai toujours cru que ce ne serait jamais comme ça ici, mais en fait nous n’en sommes plus très loin. Donc, ça nous touche bien sûr. Si ça ne t’atteint pas, tu n’es pas humain. Ma femme et moi blaguons toujours en nous disant que si l’extrême droite gagnait les élections, on déménagerait dans un autre pays. Mais aujourd’hui on se dit l’un à l’autre : Où devrions-nous aller ???

Sur certains médias comme TikTok la jeune génération n’a pas peut-être pas toujours le recul nécessaire pour analyser l’information, distinguer le vrai du faux ?

Alex Callier : Oui. Donc c’est inquiétant, hier on était en train de discuter avec un gars qui nous disait « les gars, oubliez la radio et la télévision. C’est la vieille école. TikTok est un média. » et je me disais que TikTok, c’est amusant et pour être honnête, je l’utilise parfois aussi, mais je pense que beaucoup de gens ont encore besoin de regarder la télévision. Mais c’est effectivement très difficile de distinguer parfois ce qui est réel et ce qui ne l’est pas.  Le titre « United States of Amnesia » parle du fait que nous n’apprenons jamais de l’histoire, alors qu’elle se répète, comme si on oubliait ce qui s’est passé avant, et maintenant nous sommes presque revenus dans les années 30, il y a eu un krach économique et toutes les choses s’alignent. Alors oui, mais pour être honnête, l’album est plutôt réjouissant et plein d’espoir, par le choix des chansons. J’ai toujours été un grand fan de Morrissey et des Smiths – je ne suis plus fan de ses opinions politiques – mais en tant que jeune chanteur, le genre de chansons comme, « Girlfirend in a coma » ont un un air très joyeux avec des paroles très sombres. Je pense qu’il y a de ce contraste dans ce que nous faisons, entre la chaleur de la voix de Geike et parfois la froideur de l’électronique ou de la guitare. C’est un peu comme le sucré-salé, en musique, c’est la même chose. C’est pour ça que sur cet album nous pensions enregistrer des parties de cordes, avant de nous dire que finalement ça sonnait bien tel quel. Parce même si j’adore les orchestres à cordes, ça demande beaucoup d’attention. Le violon et le violoncelle sont les instruments les plus proches de la voix humaine avec ses vibrations, ses crescendos, c’est très émotionnel. Et donc avec un orchestre, ça peut être magnifique, mais parfois écrasant, et sur « Fake is the New Dope » tu ne veux pas que les cordes t’écrasent. Nous voulions juste en faire un écrin pour que Geike puisse y poser sa voix. C’est aussi un peu comme choisir les couleurs et matériaux, selon le disque c’est différent. Sur « Hidden Stories » c’était un vrai orchestre, ça ne pouvait pas être artificiel, mais les cordes de celui-ci avaient besoin d’être hybrides, ça colle mieux à l’ambiance. Et dans Hooverphonic, la musique c’est le plus important, peu importe qui joue quoi. Il faut que ça fonctionne.

Hooverphonic © NICTURES
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Le son de « United States of Amnesia » est très cinématographique. Dans quelle mesure le cinéma vous inspire-t-il ?

Alex Callier : J’aime regarder toutes sortes de films mais aussi des séries comme Babylon Berlin. C’est une série allemande, elle n’est pas très connue, mais je la trouve fantastique. Elle parle des années 30, juste avant la guerre en Allemagne. J’aime les détails dont elle fourmille. J’ai fait une école de cinéma, donc oui, bien sûr, ça a de l’importance pour moi. Comme si la seule chose qui reliait était qu’il s’agisse toujours d’une sorte de bande originale d’un film qui n’existe pas. Ce disque ressemble un peu plus à un film d’art et d’essai sur le passage à l’âge adulte, il représente quelqu’un qui se bat avec la société, mais chaque album est différent. L’inspiration vient parfois des films noirs, du cinéma français des années 60. Et toujours avec un peu de John Barry ! Mais je ne pense pas que ce soit volontaire.

Raymond Geerts : C’est ce que nous sommes, tout simplement.

Alex Callier : La musique est comme une fenêtre sur le monde. Je dis souvent aux gens que j’aime les routines ennuyeuses dans ma vie. Je n’ai pas d’enfants, je me réveille à 6h20, je mange mon porridge, je vais à la salle de sport, je fais ma séance puis je me rends dans mon studio. Ensuite, pendant huit heures, je voyage à travers le monde et l’univers. Enfin je redescends de cet univers, je rentre à la maison et je me mets à cuisiner. Je promène mon chien, je regarde une série ou un film et je me couche. Comme si la routine ennuyeuse était une compensation nécessaire à la journée fantastique et créative que j’ai passée, parce qu’il faut que ça retombe et que mon esprit s’arrête de penser… parce que je pense trop !

En parlant de routine, il s’agit de votre onzième album. Êtes-vous toujours aussi enthousiastes à l’idée de faire un disque que vous l’étiez à vos débuts ou préférez-vous simplement partir en tournée et jouer vos tubes ?

Alex Callier : Non, j’aime toujours autant faire des disques. Comme je l’ai dit, je vais tous les jours dans mon studio et je travaille et j’aime ça.

Geike Arnaert : Il y a toujours cette envie d’exprimer quelque chose de nouveau.

Alex Callier : En ce moment j’utilise beaucoup Tracklib, c’est comme une bibliothèque de vieux disques. C’est cool de parcourir les vieux trucs des années 70 et 60. C’est un peu comme le souvenir que j’ai de mon père, j’avais l’habitude de fouiller dans les cartons, mais en ligne désormais, ça m’inspire pour commencer à écrire, et j’aime toujours faire ça. C’est tout simplement fun. Mais nous devons admettre que nous sommes aussi un groupe avec une histoire. Lorsque nous jouons en concert, nous devons choisir parmi 50 chansons. Il y en a 15 que l’on doit jouer, on ne peut pas omettre « 2Wicky », on est obligé de la faire. On doit jouer « Mad About You », et même « Jackie Cane » qui n’était pas un si gros hit à l’époque, tout comme « Anger Never Dies », « Romantic », « Badaboum » … Il y a tellement de chansons que les gens attendent de nous. Et j’essaie toujours de me mettre à leur place. Par exemple si je vais voir The Cure, qu’est-ce que j’aimerais entendre ? « A Forest », « Friday I’m In Love » … Ils ont un héritage. Je suis allé voir Jamiroquai récemment, il a joué trois tubes et le reste n’était que de la nouveauté. J’ai l’impression que toute la salle se demandait « mais qu’est-ce que c’est que ce bordel ? » Peut-être que seuls les 10 premiers rangs étaient très intéressés par le nouvel album. Donc je me dis toujours qu’il faut jouer ces chansons, parce qu’elles font partie de notre héritage et que nous devons en être fiers.

Je me souviens avoir vu Radiohead jouer “Creep” à Paris. Le public était fou de joie, d’autant plus que personne ne s’attendait vraiment à ce qu’ils la jouent !

Raymond Geerts : Nous les avons donc vus également lors de la tournée à Bruxelles. Ils l’ont encore jouée. Thom Yorke a dit : « c’est l’heure du karaoké ». Cette chanson, c’est le début de leur carrière, il faut la chérir.

Alex Callier : Quand nous répétons ces chansons, nous les connaissons par cœur. Mais devant un public c’est magique.

Hooverphonic © NICTURES
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Ce serait « Mad About You » pour vous ?

Alex Callier : Oui, « Mad About You » c’est notre « Creep ». Ce serait comme dire « Nous n’allons pas jouer Mad About You ». Nous l’avons fait une fois. On a failli être lynchés. On a fait 10 ans en 2006. On a fait une tournée pour les 10 ans de « A New Stereophonic Sound Spectacular ». C’était écrit sur l’affiche. Nous avons joué l’album, puis à la fin nous avons fait « Eden » et deux chansons du deuxième album. « Eden » était en fait la seule bienvenue, et après le concert nous avons dû fuir pour sauver nos vies !

Raymond Geerts :   On fait très attention maintenant !

Alex Callier : L’année prochaine « The Magnificent Tree » fête ses 25 ans. Je pense toujours que pour moi, un disque est fait pour être écouté à la maison. Donc la façon dont on construit un album est différente celle dont on prépare un concert. Donc j’adorerais jouer les titres de « The Magnificent Tree », mais je ne les jouerais jamais exactement dans le même ordre que sur le disque parce que nous ne sommes pas chez nous, assis dans notre canapé. Donc je préfère toutes les jouer, mais dans un ordre différent et peut-être d’autres morceaux entre les deux. Parce que tu ne peux pas non plus oublier le reste de ta carrière. Sur cette tournée nous avons joué beaucoup de morceaux de « Blue Wonder Power Milk ». Et les fans adorent ça, entendre des titres tels que « Battersea ». Jouer un album entier, c’est juste pour les ultra-fans, alors que nous jouons pour tout le monde dans la salle.

Il y a une chose qui est très différente de la routine : vous avez participé à l’Eurovision il y a quelques années. Quel regard portez-vous cette expérience ?

Alex Callier : C’était une expérience très psychédélique !

Geike Arnaert : C’était pendant le COVID. Il s’agissait donc d’une version très limitée avec seulement 3000 personnes dans la salle. Ce n’était donc pas aussi ‘explosif’ que je l’imaginais, parce que je voyais ça comme un cirque. En fait c’était génial.

Alex Callier : C’était très amusant. « Fake is the new dope, fake is the new hope, I can’t believe in a plastic world »… Il y a beaucoup de ’plastique’ dans l’Eurovision mais aussi de bonnes choses ! Nous aimons aussi faire des choses inattendues. Dans une autre interview, quelqu’un nous a parlé de de notre reprise du « Temps qui court » d’Alain Chamfort. « Pourquoi ne joueriez-vous pas quelque chose de Gainsbourg ? », nous demanda-t-il. Et Raymond a répondu non, parce que c’est ce que vous attendez de nous. Vous n’attendez pas de nous une reprise du « Temps qui court » d’Alain Chamfort. Mais nous l’avons fait, mais nous aimons l’inattendu.

Raymond Geerts : Pour être honnête nous sommes influencés par Gainsbourg, tu peux l’entendre sur l’introduction de « The Wrong Place ». Nous avons aussi joué il y a des années une version de « Je t’aime, moi non plus ».

Alex Callier : Ce n’est pas un secret, Gainsbourg a influencé beaucoup de groupes. Mais je pense que sa plus grande influence sur nous, c’est qu’il ne craignait pas d’expérimenter des genres différents. Il était parfois éclectique, il avait son album de reggae, les musiciens de jazz de New York. Beaucoup de choses différentes. « Love on the Beat » avec beaucoup de programmations. C’est pour ça que je l’aime. Mais il a réussi à le faire si bien que c’était toujours intéressant, comme David Bowie qui aimait les styles différents. Et j’apprécie vraiment les artistes qui osent le faire, parce que ça demande du courage. Ils sortent toujours de leur zone de confort.

Vous êtes le seul groupe que je connaisse à avoir eu autant de chanteuses différentes au cours de sa carrière. La musique de Hooverphonic s’adapte-t-elle à ses chanteuses, ou est-ce l’inverse ?

Alex Callier : Je pense que c’est la sélection des titres qui change, nous essayons nos chansons avec les voix et nous faisons des choix différents en fonction des chanteuses. Par exemple nous avons jouons « Romantic » dans une tonalité différente (de celle de Luka Cruysberghs, ndlr) parce que la tonalité de la voix de Geike devait être parfaite. Nous sommes descendus d’un ton et puis soudain, un monde différent s’est ouvert. Ou parfois ce n’est pas la tonalité, mais le tempo ou autre chose. Il y a tellement de choses qui font une chanson. Et donc, pour moi le plus important c’est que, bien sûr, la voix te touche. Mais deuxièmement – c’est aussi important – c’est la ‘colle’ de nos albums, celle qui relie les chansons même en étant un peu plus éclectique dans le style.

Geike Arnaert : Le chanteur s’adapte aussi au groupe, au projet que tu affines. Devenir la chanteuse d’Hooverphonic c’est totalement différent de tout le reste. Tu entres dans un monde qui n’est comparable à rien d’autre non plus.

Alex Callier : Je pense qu’après presque 30 ans, j’aime coécrire parce que cela m’oblige à sortir de ma zone de confort, parce que j’ai un ADN très, très fort dans ce que je fais et j’ai parfois besoin d’être poussé afin d’en sortir. Et c’est ce mouvement qui est vraiment intéressant et parfois nécessaire pour garder de l’intérêt pour nous aussi. C’est comme en cuisine, tu as ces vieux plats classiques et parfois tu dois les réinventer, mais si tu en fais trop le style prend trop d’importance par rapport au contenu. Et à la fin, c’est le contenu le plus important. Après toutes ces années, je pense toujours que la musique est toujours magique. Tous les jours, je veux relever ce défi et j’écris. Ce qui est bien quand tu es plus vieux c’est que tu sais par où commencer. Pour être honnête, je ne sais pas ce que je vais écrire chaque jour ni à quel point ce sera bon. C’est ce qui me fait avancer. C’est le défi de tous les jours, d’essayer de s’améliorer. Parfois, tu écris une chanson dont tu n’attends rien et au bout d’une demi-heure c’est fait ! Je dois beaucoup travailler parce que j’écris beaucoup, j’ai besoin d’entrer dans une sorte de rythme, de routine, et à un moment donné quelque chose se passe. Eh oui, comme je l’ai dit, ça marche comme ça pour moi.

Propos recueillis à Paris le mercredi 27 mars 2023

Un grand merci à Hooverphonic ainsi qu’à Marion de l’agence Ephélide.

Pour plus d’infos :

Lire la chronique de « Fake is the New Dope » (2024)

L’Alhambra – Paris – Jeudi 28 mars 2024
Le Trabendo – Paris, jeudi 17 février 2022

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