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THE MACCABEES – Interview – Paris, lundi 6 juillet 2015

Après le succès grandissant de leurs deux premiers albums, les Maccabees ont franchi un cap grâce à ‘Given To The Wild’, un disque encensé par la critique qui leur a valu une nomination au prestigieux Mercury Prize en 2012. Autant dire qu’on les attendait aujourd’hui au tournant. Quoiqu’il en soit le groupe aura pris son temps pour revenir avec un disque particulièrement libéré et entraînant, ‘Marks To Prove It’, disponible le 31 juillet. Rencontre avec Orlando Weeks et Felix White, chanteur et guitariste des Maccabees.

THE MACCABEES - Interview - Paris, lundi 6 juillet 2015

Ca fait déjà plus de trois que vous aviez sorti votre dernier album, ‘Given To The Wild’, est-ce que cela vous a paru long ?

Orlando : Je pense que oui. Nous étions sûrs que ça nous prendrait moins de temps mais pour diverses raisons la réalité est revenue au galop et ça nous a pris bien plus de temps. Et puis le fait de rester dans le même studio tout le temps à écrire, mixer, enregistrer était probablement inéluctable, donc oui ça nous a semblé long.

Vous avez commencé à écrire les nouvelles chansons juste après la tournée de ‘Given To The Wild’ ?

Orlando : Un peu, mais nous ne sommes pas le genre de groupe qui s’assoit pour écrire une nouvelle chanson et l’enregistrer. Avec le temps on compile des idées et on les met quelque part de côté. Ainsi tu crées peu à peu une sorte de catalogue d’extraits musicaux, certains pouvant être des chansons entières, d’autres quelques parties de guitares, ou une ligne de batterie avec des idées au chant. Il arrive parfois qu’une chanson traverse toutes ces étapes du début à la fin sans que l’on n’ait besoin d’y toucher, mais ce n’est quasiment jamais le cas. Donc on empile les idées pour s’en resservir plus tard.

Le succès de votre précédent album a-t-il rendu votre retour à l’écriture et à l’enregistrement plus difficile ?

Orlando : Ca n’a pas té forcément si difficile mais quand tu termines un disque et que le moment est venu d’écrire une bio ou un communiqué tu es encore si proche de tout ce processus de finalisation que tout cela te semble très intense, probablement plus que ça ne l’est en réalité. Mais c’était quand même difficile. C’était très important de faire le bon disque et nous y avons mis tout ce que nous avions, c’est une façon de nous convaincre que nous avons fait le meilleur disque possible, c’était crucial pour nous.

‘Marks To Prove It’ fut le premier single dévoilé en mai dernier, y-avait-il derrière cette chanson très directe une intention de montrer que vous n’alliez pas revenir avec un ‘Given To The Wild 2’ ?

Felix : Oui, je pense que c’est l’une des raisons. Et puis c’était rafraichissant de sortir quelque chose de rapide et direct, parce que ça faisait très longtemps. Et la tendance lorsque tu prends beaucoup de temps c’est de trop analyser. Et puis c’était une chanson excitante à enregistrer aussi pour nous. Il y a donc un peu de ça. C’est également la première chanson avec laquelle on entre dans le disque, elle met le décor en place, l’atmosphère, et comme c’est avec celle-ci que les gens découvriront le disque, ça avait du sens de la révéler en premier.

THE MACCABEES - Interview - Paris, lundi 6 juillet 2015Et à quoi fait référence le titre de l’album « Marks To Prove It » ?

Orlando : La chanson et ses paroles peuvent avoir beaucoup de significations. Tout d’abord j’ai été inspiré par une ballade à Kensington Park entre mon appartement et le studio. C’était une journée chaude et ensoleillée comme aujourd’hui et dans ces moments-là Londres s’arrête et tu voies soudainement tous ces gens en maillot de bain dans les parcs. Je ne suis pas très à l’aise avec ce genre d’attitude à Londres, mais les gens ne veulent pas rater ce genre d’opportunité. Et je voulais montrer combien c’était révélateur, le fait que des personnes qui ne portent même jamais de shorts se mettent à foncer de cette manière dans des parcs. Ils se prennent en photo. Ce phénomène moderne où tout doit être enregistré et partagé en ligne, les réseaux sociaux, les mises à jour de statut du genre « En ce moment je suis tout nu dans un parc ! ». Il s’agit de se montrer, alors qu’il y a 15 ou 20 ans les gens partaient pour leurs vacances annuelles et ils revenaient bronzés, et c’était ça leur preuve qu’ils avaient pu se payer des congés ou prendre du bon temps. Tout cela peut vouloir dire beaucoup de choses mais c’est la ligne originelle sur laquelle est parti le disque. Je ne comprends pas vraiment tout cela à part le fait que pour moi ce sont nos albums qui jouent ce rôle de témoignage, c’est la preuve de notre engagement sur une période de trois ans.

« Something Like Happiness » fut la seconde chanson dévoilée, pouvez-vous m’en parler un peu ?

Felix : Oui, c’était en fait la première chanson que nous avons enregistrée, mais probablement la dernière que nous avons terminée, donc elle est restée en suspens pendant un bon moment. Nous étions sûrs qu’il y avait une part de magie dans celle-là. C’est peut-être finalement l’une des plus simples en terme de structure sur l’album.

Orlando : Je dirais surtout qu’elle est plutôt joyeuse et les paroles qui parlent de vivre et de laisser vivre reflètent bien cela. C’est bien de sortir quelque chose qui a pour intention d’être gai, je ne sais pas si nous avons tellement fait ça auparavant en fait.

Vous parliez de Londres; l’album a été enregistré dans votre propre studio à Elephant & Castle, ce lieu a-t-il quelque chose de particulier pour vous ?

Felix : Nous sommes tombés dessus il y a environ 5 ans. C’est là que nous avons « sauvé » une grosse partie de l’album précédent où nous avons réenregistré pas mal de choses. Donc nous savions que nous pouvions y faire un album et que nous pouvions y répéter, faire des interviews ou des réunions entre nous. C’est devenu notre quartier général. Donc dès le début il était clair que nous allions faire le disque dans ce studio, en essayant de le faire sonner comme un groupe qui joue dans une pièce. Et par conséquent certains thèmes de l’album comme la pochette se sont retrouvés centrés sur Elephant & Castle, toute cette zone et la communauté qui nous entourait. Ce lieu a influencé l’album de nombreuses manières.

Et que représente la photographie sur la pochette de l’album ?

Felix : Oui, c’est une photo du Faraday Memorial qui est sur un rond-point à Elephant & Castle. On passe devant en voiture sans vraiment le remarquer. Beaucoup de gens le connaissent parce que l’on passe à côté lorsque l’on va quelque part à Londres. C’est une photo qui a été prise à la fin des années 60 ?…

Orlando : En 1964 je crois. (par David Busfield, ndlr)

Felix : On l’a trouvée sur internet. On l’aimait vraiment beaucoup parce que c’était ça, elle était si originale et elle peut être perçue de différentes façons. C’est un cliché pris à un moment précis mais très symbolique en relation à ce que nous essayions de faire sur le disque, tel que…

Orlando : … le mélange entre quelque chose de si peu glamour qui dégage pourtant une part de romantisme. C’est direct, et en même temps il y a de la complexité dans tout. Le fait que le folklore naisse parfois d’une toute petite excentricité. C’est exactement ce que cette image nous disait, elle a légitimé une présence que l’on aurait sinon continué à négliger.

En fonction de tous ces éléments, on peut en conclure que Londres est un thème récurrent, sinon central sur l’album ?

Orlando : Ça l’est, mais seulement parce que c’est là où nous nous trouvions. Nous faisons référence à divers endroits dans Londres, mais je crois qu’il s’agit plus de se sentir à l’aise. Où que tu sois il y aura toujours quelque chose d’intéressant. On trouve toutes ces choses même dans un endroit comme Elephant & Castle qui pour les gens manque probablement de théâtralité, de romance, de personnalité.

Venons-en à la production de l’album. Des producteurs de renom ont travaillé sur vos premiers disques (Stephen Street, Markus Dravs, ndlr), mais cette fois-ci il s’agit d’Hugo, du groupe et de Laurie Latham. Comment avez-vous fonctionné ? Je suppose que Laurie était l’oreille externe dont vous aviez besoin pour avoir des conseils et des commentaires sur votre musique ?

Orlando : Oui, il est arrivé après deux ans de travail, à un moment où nous avions écrit tellement de choses que nous nous sentions un peu coincés. Donc il fallait que quelqu’un intervienne, ce qui voulait dire que nous allions jouer certaines chansons différemment, ou en ressortir d’autres qui avaient été mises de côté. Nous lui avons joué les morceaux et ça leur a donné un nouvel élan. Dans le passé nous partions enregistrer ailleurs ce qui était notre manière de briser un peu la monotonie. Et nous respections tous son opinion. Et puis c’est quelqu’un qui a une approche très honnête. A aucun moment il ne nous a dit « mais vous n’avez pas encore de single ! ». Il nous disait juste « c’est de la bonne musique » ou « non, ça ce n’est pas bon, vous pourriez essayer ça ». Donc il nous a totalement motivés.

Et le rôle de producteur était quelque chose de nouveau pour Hugo, voulait-il faire ça depuis longtemps ?

Felix : Peut-être pas consciemment quand nous avons commencé le groupe, mais il a longtemps gravité autour de cette idée. Il est naturellement doué pour le côté technique de la musique, il comprend tout ça instantanément. Donc ça avait beaucoup de sens pour lui. Il a passé la dernière année sans boire!… la tête enfoncée dans des tutoriels sur Youtube et des magazines de production. Ca a vraiment changé l’approche de ce disque d’une façon beaucoup plus ciblée. Je ne le vois pas nécessairement devenir producteur pour d’autres projets, mais il a au moins fait ce disque, et c’est probablement le contexte le plus difficile puisqu’il est impliqué dans le groupe et tout ce qui va avec.

Il y a une autre nouveauté sur l’album, ce sont les voix féminines sur certaines chansons telles que ‘Slow Sun’ et ‘Pioneering Systems’. Qui avez-vous invité à chanter ?

Felix : Il y a deux personnes. Rebecca qui est maintenant notre pianiste en tournée et Pauline. C’est tout simplement arrivé parce que nous n’avions jamais fait ça auparavant. Donc c’était une nouvelle chose à essayer, et les textes étaient écrits à la troisième personne, donc ça avait du sens d’avoir une tierce personne pour les interpréter. Utiliser le piano et des voix féminines a ouvert de nouvelles perspectives pour nous, c’était quelque chose de frais.

Il y a aussi un autre membre du groupe qui chante sur ‘Silence’ ?

Felix : Oui, c’est Hugo, simplement parce que c’est sa chanson.

THE MACCABEES - Interview - Paris, lundi 6 juillet 2015Pour moi cet album fait écho à vos œuvres plus anciennes comme ‘Wall Of Arms’, mais avec le sentiment d’avoir une expérience longuement acquise, qu’en pensez-vous ?

Orlando : Le truc c’est que comme nous étions tous dans une même pièce à jouer et à écrire, il fallait faire en sorte que ça marche, et c’est ainsi que les deux premiers disques ont été faits. Mais nous savons maintenant comment construire les choses différemment et donner à chaque disque sa propre identité. C’est une chose que nous avons apprise avec ‘Given To The Wild’. D’une certaine manière, j’aime l’idée que ce disque soit une réaction à ‘Given To The Wild’. Il garde une production travaillée et léchée, on essaie d’obtenir le même résultat mais avec des ingrédients différents : beaucoup moins de reverb, une instrumentation très précise, beaucoup moins d’éléments synthétiques qu’il n’était pas possible de reproduire sur scène. Donc en « live » le résultat rappelle sans doute plus nos albums précédents parce que ce disque est plus facile à inclure dans un set alors que ‘Given To The Wild’ était vraiment en décalage avec le reste. C’était difficile de faire une bonne setlist et de l’intégrer. En tout cas j’espère qu’il y a beaucoup plus d’assurance et de confiance dans l’écriture.

Le groupe a environ 10 ans d’existence maintenant. Quand vous avez commencé pensiez-vous que vous seriez là aujourd’hui, à jouer encore et avec du succès ?

Orlando : Pas du tout, non. Je disais à quelqu’un l’autre jour qu’avant de faire un disque tu t’imagines en train de le terminer, et puisque lorsque tu es en tournée tu t’imagines finir cette tournée. Ce que je veux dire c’est que l’on ne regarde pas beaucoup plus loin que ça. Ce n’est pas que je n’y croyais pas, mais ça n’a jamais été mon rêve d’en arriver là. J’y ai mis beaucoup d’efforts donc je veux surtout m’assurer d’en profiter au maximum. Mais je crois que c’est différent pour Felix, c’est ce que tu as toujours voulu faire ?

Felix : Oui, même si je ne savais pas si nous serions encore les Maccabees parce que plein de choses peuvent arriver. Mais depuis très jeune j’ai toujours eu une relation particulière avec la musique, comme si je lui appartenais d’une certaine façon. Pour être honnête, ça ne me surprend pas vraiment que nous soyons toujours là à faire ça. Et j’en suis fier.

Cet été vous aller jouer à Rock en Seine. Est-ce que vous préférez ce type de scène ou les salles plus intimes ?

Felix : Je préfère jouer nos propres concerts en tête d’affiche, et en général plus tard dans la soirée. Par exemple Glastonbury était super même si ça faisait partie d’un festival parce que nous avons joué assez tard et il y avait plus de monde et d’intensité. Ca fait tellement longtemps que nous faisons ça, et nous avons eu notre part de premières parties, je pense surtout que c’est plus gratifiant quand tu fais ton propre concert. Parfois ça peut être dans un club avec 80 personnes, plutôt que 40 000 qui viennent voir quelqu’un d’autre.

Je crois d’ailleurs que vous jouez assez tôt dans l’après-midi à Rock en Seine…

Felix : En fait j’ai hâte de venir jouer à la Cigale en janvier !

Vous venez de tourner aux Etats-Unis avec Mumford & Sons, je crois que ce n’est pas la première fois ?

Felix : Nous avons fait une tournée ensemble à l’époque de ‘Wall Of Arms’. Ils jouaient en première partie. C’était les musiciens de Laura Marling, c’est ainsi que nous les avons rencontrés, en allant les voir jouer dans des pubs. On les a emmenés avec nous en tournée et dans les six mois qui ont suivi ils sont devenus l’un des plus gros groupes au monde. C’était vraiment surprenant en fait parce que nous les avons vus jouer leurs chansons dans de toutes petites salles pour une dizaine de personnes et maintenant ils les jouent devant des foules de 40 000 personnes ! Mais ils avaient vraiment quelque chose.

Vous aviez été nominés pour le Mercury Prize avec votre précédent album, pensez-vous que cela a changé quelque chose pour vous ?

Orlando : Pour moi je pense que ça a remis en place les idées que certaines personnes avaient sur le groupe. Ça nous a permis de faire tomber les étiquettes que l’on nous avait collées avec nos deux premiers disques et ce fut une bénédiction en quelque sorte de se sentir totalement libérés. Nous aurions pu faire un autre disque comme celui-là et je suis très fier que nous ayons essayé de faire quelque chose de différent. En tant que groupe nous avons survécu en ne nous répétant pas, ou le moins possible.

Felix : Nous avons effectivement essayé de faire en sorte que chacun de nos disques soit différent. Quand nous avons sorti ‘Given To The Wild’ les gens demandaient « comment est-ce que ça sonne ? ». Mais pour notre quatrième disque nous nous retrouvons dans une bonne position parce que les gens sont intrigués par la suite de notre évolution. Je pense que nous aurions eu beaucoup plus de pression si nous n’avions pas été nominés pour le Mercury Prize et que l’album n’avait pas marché, ç’aurait été une situation bien plus compliquée !

Pour finir, une question probablement un peu bête : combien êtes-vous fiers de cet album ?

Orlando : J’en suis très fier ! Mais il faut que je te donne une meilleure réponse que ça…

Felix : De mon point de vue ce que j’aime beaucoup c’est que sur chacun de nos albums nous nous sommes écartés du précédent. Et puis il y a le contexte de ce disque, et personnellement ma confiance et le fait de pouvoir affirmer « Les Maccabees, c’est ça ! ». Ce n’est pas nécessairement ce qu’ils seront toujours, mais nous avons trouvé un son spécifique, sans que les gens aient à dire, Oh ! Ça sonne comme… qui que ce soit, ou des groupes auxquels on nous a comparés au début. C’est une belle étape dans notre carrière, ça aurait pu si facilement ne pas arriver.

Propos recueillis à Paris le lundi 6 juillet 2015

Un grand merci aux Maccabees, à Valentin Guérin pour avoir rendue cette interview possible, ainsi qu’à toute l’équipe de Caroline International France.

Pour plus d’infos :

Lire la chronique de ‘Marks To Prove It’ (2015)

‘Given To The Wild’ (2012)
‘Wall Of Arms’ (2009)

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