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WYE OAK – Interview – Paris, mardi 15 février 2011

On a beau promouvoir les découvertes, on ne repart finalement pas si souvent d’un concert avec entre les mains le CD d’une première partie. Wye Oak fait partie de ces groupes là. Après nous avoir séduits en ouvrant pour les Dodos à Paris en 2009, nous avons profité de leur venue au Bataclan avec les Cold War Kids pour parler de leur nouvel album, le très réussi ‘Civilian’.

WYE OAK - Interview - Paris, mardi 15 février 2011

Commençons par une question simple ! Pouvez-vous me dire quand vous vous êtes rencontrés et comment a commencé le groupe ?

Jenn : On s’est rencontré au lycée, j’avais 15 ans à l’époque dont ça fait déjà une dizaine d’années. En fait le jour de notre rencontre on a joué ensemble. Je rejoignais le groupe d’Andy aux claviers. On a joué dans ce groupe pendant plusieurs années, mais à la fin de nos études ça s’est plus ou moins arrêté tout seul. Andy et moi voulions continuer à faire de la musique ensemble, mais on n’avait personne d’autre, donc le projet s’est développé de cette façon, à deux. Andy peut jouer du clavier et de la batterie en même temps. Ca ne devait être que temporaire, mais au bout d’un certain temps on s’est rendu compte que l’on prenait du plaisir à faire de la musique ainsi, que l’on se sentait plus à l’aise qu’on ne l’aurait cru, donc on a continué comme ça !

Et comment décririez-vous votre musique ?

Jenn : Hmmm… J’espère qu’entre le live et les enregistrements studio le son est vraiment différent, en fonction du lieu et de la manière dont on écoute notre musique. Je dirais que c’est varié. Andy, qu’en penses-tu ?Andy : Jenn est tout d’abord une auteure compositrice, donc il est important que les chansons sonnent telles quelles, avant d’y changer ou apporter quoi que ce soit. L’idée, c’est de faire une chanson et d’être aussi bien capable de la jouer dehors avec une guitare acoustique que d’y apporter des tas d’effets et de couches de guitares Noisy tout en conservant l’effet désiré. Les chansons partent donc de cette base. Ensuite on a bien sûr plein d’influences, qui ont changé au fil des ans.

Jenn : D’une manière générale on essaie de ne pas trop penser à la manière dont nous voulons sonner . On fait juste ce qui nous semble approprié, et ça peut être totalement différent d’une chanson à l’autre. Il s’agit plus de faire les choses comme on le sent.

Andy : Je ne sais pas si tout ça décrit notre son en fait ! Mais au moins ça décrit notre façon de travailler !

Et entre vous deux alors, comment ça marche ? Qui écrit les paroles par exemple ?

Jenn : J’écris les paroles et les bases des chansons, en général à la guitare, parfois au piano. Et à partir de ces bases Andy et moi travaillons sur les arrangements puis on fait évoluer tout ça vers quelque chose de beaucoup plus complexe. C’est particulièrement vrai pour la scène; pour les enregistrements studio aussi, nous collaborons beaucoup.

WYE OAK - Interview, Paris, mardi 15 février 2011Je vous ai découverts lorsque vous aviez fait la première partie des Dodos à la Maroquinerie il y a un an et demi. Aujourd’hui vous êtes au Bataclan, avec les Cold War Kids dans une salle bien plus grande, qu’est-ce que ça vous fait de jouer devant un public bien plus nombreux?

Jenn : C’est intéressant de s’habituer à faire ce genre de choses. On vient de finir une tournée avec les Decemberists, c’était probablement la plus grosse que l’on avait faite jusqu’ici, et s’habituer à jouer devant une grande audience, particulièrement lorsque ce n’est pas ton public, c’est quelque chose de très délicat. Mais c’est une expérience très enrichissante.

Andy : L’ironie de ces concerts, c’est que tu te sens souvent bien plus seul que lorsque tu joues dans des petites salles. Je ne sais pas comment ça va être ce soir, mais tu joues devant 3000 personnes et c’est un peu comme s’ils étaient sur une autre planète, alors tu te concentres sur toi-même. Il y a donc quelque chose de moins immédiat, parce qu’une partie du plaisir vient justement de l’échange avec les gens, de sentir qu’ils partagent quelque chose avec toi. Mais quand ils sont si loin c’est plus difficile.

Jenn : C’est sûr, c’est plus dur d’atteindre les gens. Mais en même temps ça permet de s’améliorer justement dans ce domaine. Pour moi ç’a été difficile d’admettre que de jouer sur scène, c’est une compétence, tout comme écrire. Je ne dis pas que je ne suis pas douée pour ça, mais que c’est une chose que tu peux améliorer avec le temps. En général j’essaie de ne pas trop y penser, parce que je pense que notre jeu de scène est une démonstration honnête et directe de notre musique, sans avoir besoin d’y apporter plein d’artifices comme des décors. J’aime garder les choses simples, parce je considère que notre musique l’est aussi, ça semblerait un peu idiot d’en faire trop. Mais bon, les gens se rendent bien compte quand tu es à l’aise ou non, et si tu prends du plaisir.

Il faudra bien penser à dire votre nom au début du concert afin que les gens s’en souviennent !

Jenn : Et à la fin ! Et au milieu aussi (rires) !

Je pense que ça avait bien marché à la Maroquinerie…

Jenn : Oui une fois de temps en temps ça marche !

… parce que je ne vous connaissais pas avant, j’avais vraiment aimé ce concert et me voilà ici, avec vous aujourd’hui !

Jenn : Cool !

Andy : J’aime vraiment beaucoup cette salle. Je crois me souvenir qu’on était en plein jet lag, c’était notre premier concert en Europe, ça a été une journée difficile !

Oui, il y a beaucoup de bons concert là-bas.

Jenn : Je me souviens que la première partie était très bonne aussi (Mina Tindle, ndlr)

Andy : Oui, et la nourriture était excellente !

Jenn : Oh, oui, c’était si bon… J’espère que ce sera pareil ici ce soir !

Et avez-vous eu l’opportunité de beaucoup jouer vos nouvelles sur scène pour le moment ?

Andy : Oui, on a pu jouer pas mal les nouvelles chansons.

Jenn : Oui, ça fait plus d’un an qu’on joue en live le titre ‘Civilian’. Et puis on en a fait plusieurs autres ces derniers mois. Il y en a certaines que l’on n’a pas encore joué du tout et d’autres qu’on ne jouera peut-être jamais !

Andy : La transformation des compositions du studio à la scène n’est pas immédiate, ce n’est pas toujours quelque chose d’évident. Il nous faut réduire les arrangements de certaines chansons sans en perdre l’essence, mais aussi faire en sorte qu’elles restent dynamiques, intéressantes avec seulement disons un tiers de ce qu’il peut y avoir à l’origine dessus, sur l’enregistrement studio. Donc parfois il nous semble que certaines chansons ne parviennent pas à garder cela sur scène.

Jenn : Et ça peut se deviner en écoutant l’album. Il y a des chansons que l’on a essayé d’adapter plusieurs fois, et on voit bien que parfois ça ne fonctionne pas, que l’énergie n’est pas là. Si tu ne te sens pas à l’aise avec un morceau, c’est sûr que ça ne va pas rendre bien en live !

Avez-vous déjà pensé à recruter un troisième membre, ne serait-ce que pour les tournées ?

Jenn : Au début on y a pensé, puis avec le temps on s’est bien adapté à cette manière de fonctionner à deux. Les limitations d’un tel set up, c’est aussi un challenge, ça nous a rendus meilleurs et plus créatifs, notamment dans la structure des chansons. On peut mieux déterminer quels en sont les éléments essentiels. Je trouve donc que c’est plutôt sain et ça nous inspire. Si on devait en arriver à un point où le côté négatif de ces limitations pèserait trop lourd dans la balance, alors on envisagerait de faire les choses différemment. Mais je pense qu’à l’heure actuelle on a encore plein de choses à explorer ensemble, à deux.

Vous avez enregistré l’album avec John Congleton (qui a travaillé avec St Vincent, Shearwater, ndlr)…

Jenn : En fait c’est nous qui l’avons enregistré. Il a fait le mixage.

Vous ne vouliez pas produire l’album vous-même, comme le précédent ?

WYE OAK - Interview, Paris, mardi 15 février 2011Andy : Oui, on voulait la participation de quelqu’un d’autre cette fois-ci, qui intervienne de manière objective, et qui maîtrise aussi les aspects techniques du mixage, afin que l’on puisse avoir plus de recul, voire l’œuvre dans son ensemble, et ne pas resté trop penché sur cet aspect technique. On avait mixé en grande partie nos disques précédents et c’est très facile de perdre de vue le principal, la musicalité du disque, parce que tu l’entends tellement de fois. C’était donc une très bonne chose de l’avoir avec nous, et nous avons beaucoup de respect pour son travail.

Il a eu une influence sur le son ? Vous sentez une évolution à ce niveau par rapport à vos premiers disques ?

Andy : Oui, sans aucun doute, il a laissé son empreinte.

Jenn : John est un incroyable ingénieur du son, il connaît son travail, il a une très bonne oreille et il est bien plus qualifié que nous sur cet aspect, ça fait 20 ans qu’il fait ça ! Donc le fait d’être avec quelqu’un qui a déjà travaillé sur autant de disques nous a aussi beaucoup appris. Il était plein de bons conseils pour nous !

Et l’album a-t-il un thème en particulier ?

Jenn : Oui, j’ai écrit les morceaux de cet album pendant une période de transition, donc la notion de changement apparaît souvent dans les chansons. Ca traite aussi de la dépendance en opposition à l’autosuffisance, c’est-à-dire quand tu deviens trop dépendant de quelqu’un et que tu n’es plus capable de faire les choses ou de prendre des décisions par toi-même. Donc l’idée est d’apprendre à être enfin en paix avec soi-même avant d’être à l’aise avec les autres. Ce genre de choses implique en général une période de transition douloureuse. Les chansons de ‘Civilian’ parlent de ça, d’apprendre cette leçon… Je suis passée par là, sur une durée d’un an environ, c’est un peu un documentaire sur ma vie!

Et pensez-vous que le fait d’être originaire de Baltimore a influencé le groupe d’une manière ou d’une autre ?

Jenn : Oui, absolument ! Baltimore est une ville très exaltante et très unique pour moi.

Andy : Baltimore n’est pas forcément influente musicalement mais…

Jenn (qui le coupe) : spirituellement je dirais !

Andy : Oui, c’est un environnement si positif, tout le monde collabore constamment, s’entraide.

Jenn : Les gens y font de la musique d’une manière très authentique, c’est ça ce qui la rend spéciale, unique.

Pour terminer je voulais te demander, Jenn ; j’avais lu il y a deux ans que tu travaillais au Golden West Café à Baltimore, est-ce que tu as arrêté suite à votre succès grandissant ?

Jenn : Non, j’y travaille toujours !

Andy : Oui, on y travaille tous les deux !

Toi aussi ?

Andy : Ah, disons que j’y passe beaucoup de temps ! Mais on a tous les deux des boulots à côté de la musique

Jenn : C’est ça quand tu es dans une profession artistique, il faut bien assurer les fins de mois, et parfois ça implique de travailler à côté. Mais heureusement pour moi ça se passe très bien, et je peux m’absenter pendant de longues périodes comme tu vois. Je pense que pour le moment je ne vais pas avoir besoin d’y travailler beaucoup, mais si c’était le cas je serais la bienvenue, j’ai donc beaucoup de chance d’avoir ce boulot!

Propos recueillis le mardi 15 février 2011 à Paris.

Un grand merci à Jenn et Andy de Wye Oak, ainsi qu’à Matthieu et Gauthier de Stage Of The Art pour avoir rendue cette interview possible.

Pour plus d’infos :

Lire la chronique de ‘Civilian’

http://www.wyeoakmusic.com/
http://www.myspace.com/wyeoak
http://www.facebook.com/wyeoak

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